Eclats de vers : Litera : Comptoir

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Table des matières

1 Dix vagues à six on

Si l’on dit l’onde je dis vague
Se méfier du quand dix ratons
Qu’en dira-t-on si je divague
Dix sous pour dissoudre un aiglon

Et quand les escargots ergotent
Ça ne vaut pas un vers ni sage
Verni pour qui la crue des mottes
Ne s’escamote après l’or âge

Hors d'âge comme un vieux cognac
L’ardoise apaisée par l'étang
L’art doit zapper tous les tic-tac
S’il veut s’extraire enfin du temps

Mais méditer c’est suranné
Sirop thé la plage aux soupirs
Rendez la méditerranée
Le vol au-dessus des sous pire

Du pinard dans les épinards
Car l'épine arrive assez tôt
L'épi n’a reflété qu’un soir
Les ondulations du ruisseau

Il n’a prêté sa jolie plume
Qu’au clair d’un notaire éphémère
Que la brume automnale inhume
Dans les chaudes vapeurs de bière

L’hiver lis devant un bon verre
Ecris des vers teintés d’azur
Verse du vin sur la lumière
Et tout le reste est confiture

2 Clepsydre

Source de sable fin. L’eau frémit doucement.
C’est le faux bourg : des ciels légers, du flottement,
L'échappement, l’heure affolée, le cyclone,
L’argent au long cours d’or à court de chrome.
Et bientôt, le trou noir fait le vide.
Tout est plus lent, passe plus vite.
Et l’océan qui se noie,
Et la plage qui plonge.
Au travers des doigts,
L'érosion ronge
Quelques grains
A n'être
Qu'Un,
Renaître
Incertain
Dans le silence,
Perdu au mi lieu
D’un monde qui s'épanche.
De l’air blanc à mille lieues
A la ronde. Hiver. Hé ! qui vive ?
De la vie, mais fragile, intuitive.
La solitude est dissoute à jamais.
La conscience est, se développe. Eclair. Mais
Déjà la pesanteur s’inverse. Flottement.
Source de sable fin. L’eau frémit doucement.

3 Le verre

Les hautes cimes enneigées des collines de chantilly
Narguent de toute la splendeur des mousselines onctueuses
De printaniers rayons, chatoyants et blonds comme l'épi.
Plus bas, de crémeuses vallées se fondent, langoureuses,
Sur un tapis moëlleux de sources effervescentes,
Jacuzzi qu’alimente une fraîche rivière
Au teint de miel, à la robe aurifère,
Chaleureuse et pétillante,
Tarie, déjà ?
Ah ça !
Crions !
Garçon !
Holà !
L’addition ?
Une autre tournée, c’est pour moi :
Il faut bien hydrater nos valeureux cartons !

4 Douzain

Quand la rime opprimée déprime dans son coin,
Trimant pour supprimer ses lamentables liens,
Le sonore sonnet aux tercets balladeurs
Entre dans la polka des rondeaux séducteurs
Dont l’arrondi refrain attire les noceurs.
L’haïssable hiatus y ébrèche sa hache,
Des charmes convoités aux chansons qui se cachent,
Alors qu’au panthéon le roi pantoum s’entiche
Du pastiche qui lui dédie ses acrostiches.
Loin de ces triolets et de ces hémistiches,
Languides comme après l’extase les amants,
L’alexandrin se traîne interminablement.

5 Sonnet

Sonnet sonnant et trébuchant
Qui vaut son pesant de pécune
Muse d’encens chercher fortune
Sonnet sonnant tinte d’argent

Sonnet pipé lourdé comptant
Un faux-plafond point de rancune
En trompe-l’oeil une lagune
Ravit les gourmets du clinquant

Le tout flamboie de fioritures
Clocher gothique ding dang dong
C’est creux On s’en fout ca résonne

Tant que balancent les postures
Allez un dernier coup de gong
Et que l’emphase me pardonne

6 Monte-charge

Je suis le monte-charge avenue des plaisirs
Numéros 6 à 9 building de 7 étages
Qui gémit sous un ciel à l'éternel sourire
Le parking est discret les clients sont en nage

C’est un ancien moulin converti en hôtel
Mais on n’y entre pas on pénètre les lieux
Tous les coquins du coin y mènent leurs donzelles
On m’a nommé ici car je suis silencieux

C’est que j’en ai monté de la lingerie fine
Vingt-huit heures par jour je reviens à la charge
Des lanières de cuir des guêpières coquines
Ah je suis soulagé quand sonne la décharge

On pourrait croire à tort qu'à la fin on s’en lasse
Repu de trop d'épice et l’aqueux en virgule
Ne se redressant plus que surpris dans la nasse
Mais l'être est ainsi fait qu’il avance et recule

Je suis le monte-charge et j’en ai vu des couples
Mignons le rouge au front s’agrippant les menottes
Pour mieux se renverser d’autres qui ne s’accouplent
Jamais sans un gadget qui plane en rase-motte

Tout le village y passe ou par deux ou par douze
Ils viennent se soigner se tâtent s’expertisent
Votre pouls s’accélère enlevez votre blouse
Ah si vous entendiez ce choeur de vocalises

La femme du docteur est très anatomique
Le genre lessiveuse à trente-sept degrés
L’amante du facteur c’est la bombe tonique
Regardez le pauvret il a l’air épuisé

Fidèle au rendez-vous voici le tirailleur
C’est un corsaire lui pistolet à deux coups
Sa femme lui a dit va-t-en tirer ailleurs
Et il l’a prise au mot sans hésiter beaucoup

Le notaire et le clerc sont de proches amis
La bonne et son curé n’en faisons pas un drame
Le brave vigneron se dope au jus de fruit
Je n’en dirai pas plus mais revenons aux dames

La baronne ronronne et est des plus gourmandes
La marquise est exquise et aime la tendresse
La comtesse caresse active et redemande
La duchesse en souplesse est excellente hôtesse

La princesse paresse et s’impose en offrande
Et comment dire non à autant de finesse
L’adresse de l’altesse entre dans la légende
La déesse opère en grande délicatesse

Lorsque j’en ai assez de jouer au concierge
Je grimpe sur le toit juste au-dessous du ciel
Si vous vous attendiez à une rime en cierge
Sachez que je la chante à ma belle gazelle

Je suis le monte-charge avenue des plaisirs
Numéros 6 à 9 building de 7 étages
Qui jouit d’un beau ciel à l'éternel sourire
Le parking est discret les clients sont en nage

7 Secret taire

Le plumard est à la plume
Ce que l’encre est à l’encrier
Si la rythmique s’enrhume
C’est que tu as perdu ton pied

Et que l’accord désaccordé
Titube sur le buvard
Auprès d’un vélin bavard
Qui s’amuse à lui rire au nez

Car le vilain est sans fard
Depuis qu’il a quitté la mine
Et la gomme des cafards
Pour la vulgaire encre de chine

Cette dévoreuse de lignes
Qui n’accepte aucune faute
Si vous êtes de ses hôtes
Méfiez-vous de ses épines

La coquine un jour ou l’autre
Vous asséchera le plumier
On prétend qu’elle se vautre
Et fait flèche de tout papier

Il se dit que les papetiers
Y trouvent chacun leur compte
L’un serait devenu comte
Sur l’or en barre des cahiers

8 Ronsardises

Mais que vois-je ? De l’ancolie
Ou du nectar ? Non de la lie !
C’est que j’aurais déjà tout bu ?
Oui cette bouteille est devers
Las ! Puisqu’il a plu dans mon verre
Pourquoi n’y en a-t-il donc plus ?

Cette carafe de sanglots
Rebouchonnons-en le goulot
Double tour le hublot bondé
Elle est si lente à se remplir
Au goutte-à-goutte du désir
Dans le cristal sitôt vidé

Ne céde point à la névrose
Garde pure cette eau de rose
Ne coupe point d’eau de javel
Je sais c’est le nombril du nombre
Mais quand trop brille la vaisselle
A tous les coups la vie est sombre

Cocktail à marquer d’une pierre :
Dans la bière verse ce vin
Verse de ce vin dans la bière
Et mélangeons l’un l’autre afin
Que le pampre mousse sans fin
Sur les pamplemouses ibères

Découpe deux citrons pressés
Découpe deux citrons vert pomme
Et puis si tu n’es pas pressé
Arrosons d’un flacon de rhum
Ne reste plus que les glaçons
A servir frais et sans façon

9 Pacha

C'était un petit chat luthier
Qui pêchait sur un chalutier

Les mousses le traitaient chat lent
Marin d’eau douce et de chaland

Un pâle cueilleur de chataîgnes
Souvent de mauvais poil chat teigne

Je dirais plutôt non chat lent
Mais admettons-le nonchalant

Un matou de haute chatière
Qui ne souffre pas un chat tiers

Fier de son beau poil de chaton
Enfin qui sait ce qu’un chat tond

En somme juste un peu galant
Mais certainement pas gars lent

Même s’il arrose au pastis
Sa fine moustache postiche

Après quoi il dort et navrant
Scie tout un bois dorénavant

Un bois bruyant d'épicéas
Aux fragrances épicées à

Cet air roide des vers guindés
Qui titubent dévergondés

Et pour ne sombrer aux abysses
S’entraident d’une canne à biche

Le temps d’arriver au bord d’elle
- Non je n’ai pas dit au bordel -

Car enfin il faut bien qu’on vive
Et plus il y a de convives

Plus on rit c’est automatique
Non nul besoin d’automne attique

Mais à quoi bon cet écrit vain
Je ne suis pas un écrivain

Et ce puits de littérature
Qui me dit relis tes ratures

Car l’or a son taux gramme au graphe
Surveille bien ton orthographe

Après tout, tout relicat niche
Après toutou relis caniche

Commence donc par achever
Ce qu’il te faut parachever

Oui mais malgré ce commentaire
Je ne trouve pas comment taire

Cette question folle : L’est-on
Ce clair alliage de laiton

Et de la poupe à la proue est-ce
L'étrave effilée de prouesses ?

Peine perdue car il n’a guère
De ces réponses de naguère

Mais il ne faudrait pas qu’on fonde
Ni que l’on s’endorme ou confonde

Juste aller vérifier si terre
Est bien la côte de Cythère

Pour tout dire mets l’ancre au lit
Ca guérit des mélancolies

10 Mes nages rient

Le chat est fieffé maraudeur
Un chapardeur au mat rôdeur

La souris ondule et chaloupe
Que bien trop souvent le chat loupe

- Le perroquet ou le vrai ment
- Le pèr’hoquèt’houle vraiment

Le chien fidèle au baromètre
Il fait fi d’aile au bar au mètre

Le joyeux vautour y retourne
Avant que le veau tourne autour

Du veau de ville au veau des champs
Ce vaudeville est indécent

Je vous parle ici d’un veau doux
Pratiquant la magie vaudou

Tandis que la vache au pré, lasse,
Tout en ruminant se prélasse

En se disant que c’est assez
La baleine aussi s’est tassée

Et que dans les bois le gourd daim
Somnole à coté d’un gourdin

L'écureuil vide ses ordures
Seulement l'écu et l’or durent

Le canard boude dans son coin
On n’entend plus un seul coin coin

Et près de l'étang le lin, seul,
Semble se couvrir d’un linceul

Le pivert picore les vers
Sur un pauvre arbre de trouvère

Se baladant toujours a poil
La belette se chauffe au poële

Ca fait siffler le canari
Qui se rince l’oeil dans son nid

L’oie qui répand quelques potins
Prétend qu’elle fait le tapin

Allons déplumer l’alouette
Pour faire vibrer la luette

11 En bourg Gueur

Nous, Oignons de Bur-Gueur, Ducs et pairs de nos queux,
Ors dorés par le Beurre au coeur de la saucière,
En ce poëlon béni par l’essaim moustiquaire,
En l’an deux mil sept vingt, Nous, Sommes silencieux,

Aux songes d’icelui, élevons dame Bière,
Soeur en soleil du vin, au rang de boisson d’or !
Elle, Aura du pain cuit, Elle, Fût de Cythère,
Outre, de notre miel, sceau plein de notre accord,

Et de notre hydromel, qu’elle soit de l'Amphore !
Par tous les fructidors ! Couronnée de houx blond,
Et de tendre cresson ! Et de tendre cresson,
Couronnée de houx blond par tous les fructidors.

Qu’elle soit de l'Amphore et de notre hydromel,
Sceau plein de notre accord, Outre de notre miel !
Elle fût de Cythère, elle aura du pain cuit !

Au rang de boisson d’or, soeur en soleil du vin,
Elevons dame Bière aux songes ! D’icelui,
Nous sommes silencieux en l’an deux mil sept vingt.

Par l’essaim moustiquaire ! En ce poëlon béni,
Au coeur de la saucière, Ors, dorés par le Beurre,
Ducs et pairs de nos queux, nous oignons de Bur-Gueur !

12 Cauchemar

Le thé qui bout sans la théine
Le café sans la caféine
Plus de beurre, mais margarine
Le pain allégé sans tartines

Le bazar sans babioles
La bière sans alcool
La pièce sans paroles
Et l’ennui sans école

Le pile sans le face
Le sucre sans sa glace
Le coca sans cocasse
Le géant sans échasse

De la glace pilée sans tain
Grappe de pépins sans raisin
Le pichet de vin sans tanin
Et la nuit d’amour sans calin

Le foie gras dégraissé
Puis le roti raté
Le pousse sans café
Le dessert déserté

Le cigare sans tabac
Sans cacao le chocolat
La tringle sans matelas
Et les calins sans ébats

L’argent sans la fortune
Le sable sans la dune
Le couchant sans la brune
Le croissant sans la lune

Les soleils sans chaleur
Les sauces sans saveur
Nuits d’hiver sans sueur
Les parfums sans odeur

13 Mal armé

Orgueil et vanité, des titres des médailles,
Des applaudissements croisés dans l’ascenceur :
Le printemps déjà vieux n’a plus la même odeur,
Trinquons ma belle avant que les cieux ne défaillent !
Aux dieux des divins fûts, aux rois de la guindaille,
Laissons la convenance aux mirlitons sans coeur !

La chair est faible, et l’as, et je voudrais être ivre
D’un peu d’humanité dans le clinquant des livres
Sterling et des dollars et des parieurs stressés ;
Ressentir ta chaleur sous ton décolleté,
Puis, fusionnant nos peaux dans la fusion du givre,
Au ressac de mon coeur ton coeur éclabousser.

Lesbos, où les baisers manquent un peu de verge,
Et puis ? Les doux cressons, qu’ils soient pipés de cierges,
Demeurent vertueux sur les joues de leurs dames.
Soeurs des sous à venirs, maîtresses des caresses
Ô eux tous leurs écus, leurs florins, leurs sesterces,
Te convertiront-ils à l’art des épigrammes ?

Dis-le moi, nonne humour, c’est vrai qu’un tutu même
Couvre le pissenlit d’un pompom diadème ?
Que serait le balai sans quelques rats à poële ?
L’eau paiera cet affront ! Mais que fait-elle ? Un rêve
Etrange et, pénétrée de quelque gloire, glaive,
D’un nain connu tout nu qui lui soigne le poil.

14 Les dessous des Cartons

Honneur aux Dames !

Vient la Dame de Coeur, de toutes la première
Un sourire discret festonne en tapinois
Les teintes rose-thé de son joli minois.

Suit la Dame de Pique, aigrelette et austère ;
Une robe assassine encercle sans émoi
Le couteau acéré d’un nez cireux et froid.

La Dame de Carreau vaque à son ministère ;
Elevant ses talents, et comptant ses ducats,
Elle use au denier cinq, intérêts sans appas.

Puis la Dame de Trèfle entourée de mystère ;
Songe-t-elle à la grange où elle voit parfois
En secret dans la paille un autre que le Roi ?

A présent, aux Rois l’entame !

Le pauvre Roi de Pique est maigre et courbatu
Sous les coups redoublés des sermons infinis
Que sa Dame lui sert aux vêpres comme au lit.

Sire Roi de Carreau est las voire fourbu ;
Il passe ses journées en des jeux étourdis
Puis s’en va tout content, combler son appétit.

S’en vient le Roi de Trèfle au bouc fier et cornu ;
Il arbore un menton plissé par le souci
Et un regard lointain qui compte l’ennemi.

Le raide Roi de Coeur, flegmatique et barbu ;
Pas un poil qui ne bouge, aucun cheveu ne bruit,
Immobile statue encombrée de sourcils.

A leurs talons, les Valets par qui tout se trame !

Un Valet de Carreau au plumage hautain,
En coquet coquelet poudré de vol-au-vent,
A la belote couve un 9 élégamment.

Vient le Valet de Trèfle, air tranquille et serein ;
il pense à cette grange, où ses ébats ardents
Font jaser le palais du coucher au levant.

Puis le Valet de Coeur, de tous le plus coquin :
Sans crainte qu’on le coupe, il emballe atout vent ;
Insouciant il s’en vante, hé ! Naturellement.

Enfin Valet de Pique effacé, clandestin ;
Il aime les complots, les intrigues du temps
Qui font tourner le grain de son moulin à vent.

15 Contact

Chaleur éparpillée dans des liens incertains
On ne peut les palper mais ils flottent dans l’air
Nervures composées de joie et de chagrin
Tapies à l’intérieur de phrases tubulaires
A chaque fois que vibre une émotion intense
C'est qu’une autre corde entre aussi en résonance
Tissant sans s’arrêter des rayons de lumière

16 Liquides divins

La bière est dans le verre. Pétillante et légère
Sa mousse déborde de vie, ses reflets de mystères
Qu’elle soit blonde, qu’elle soit brune,
Qu’elle soit fauve ou bien féline
Sa robe éclaire nos jours et rend nos nuits calines

Le vin coule en cascades, en torrents de rubis
Il déverse sa magie du bouchon à la lie
En lui j’ai souvent vu des palais enchantés
Où se mèlent en caresses de fines voluptés

La bière est gourmande en rires et gaillardises
Le soir est le moment où ses bulles frémissent
Alors dans une gorge des lampées se glissent
Puis un verre vide te regarde d’un air complice

Le vin est sombre et fin, plein de fruits, plein d'épices
Ses arômes rougeoient, que c’en est un délice
Et lorsque l’on soulève sa jupe tentatrice
Mille désirs s'éveillent devant ses friandises

17 24 heures, double tour

Neuf heur' du mat', j’ai des frissons
Le réveil sonn', coup de canon !
Y vol' par la f’nêtre, mon crâne explose,
J’ai du trop forcer sur la dose.

Midi tapant' je me réveille
Je tiens debout, pure merveille.
Cachets d’aspro, que ça pétille
Dans la douche l’eau qui frétille

Trois heur' d’l'aprèm', dans l’auditoire
C’est comm' de relir' l’assomoir
Mes yeux clignot', j’ai l’vent dans l’dos
Mais y a pas d’nymphe au cours d’info

Six heur' du soir, l’air frais dégrise
Les jupons vol', jambes exquises
La soirée chaud' m’ouvr' l’appétit
M’en vais manger un spaghetti

Neuf heur' du soir un copain passe
J’enfil' rapidos mes godasses
Y connaît un gars qui connaît quelques copines,
Du genre à têter la bibine.

Onze heur', rallye de bar en bar
Dans la tempêt' mon verr' s'égare
A pleines pint' les pomp' offertes
Versent la mousse aux moulinettes

Une heur' du mat', on danse, on chante
La sono vibre dans les ventres.
Dans la fumée un vieux laser
Semble nous dir' ``le feu est vert''

Trois heur' du mat', ses lèvres nues
Ell' dit ``j’ai un mec'', j’dis ``moi non plus''
Rire sauvag' de la donzelle
Et on s’aide à rentrer chez elle

Six heur' retour à l’abreuvoir
Y rest' encor' quelques soiffards
L’un dit ``j’crois bien que j’ai trop bu
Mais faut vider les derniers fûts''

Neuf' heur' du mat' j’ai pas sommeil
J’rentr' dans ma cour, tiens ? un réveil !
Je fouill' mes poch', y a p’u d’oseille,
Je trouv' les clefs, pure merveille !

18 Le boursicoteur

Plus d’amarres.
Un seul homme a la barre.
Son esquif s’esquive de la rive.
Courants d’achats, vagues de ventes. Grincements.
Les ordres affluent, la cote dérive.
Le roulis en roue libre.
Tout vibre.

Nuit sans étoiles.
Ciel bouché, réduire la toile.
Le carnet vire, vole sous les coups de vent.
Dans leurs cadrans, quelques aiguilles
Partent en vrille.

Récifs. Quelques sirènes à découvert
Oscillent du rouge au vert.
Laquelle ment ?
Quel futur et quelle option
Choisir ? Faut-il être court ou bien long ?

Mouvement.
Tendance pour seul guide.
Rapides sur un canal liquide.
Des chaloupes en régate
Distancent les frégates.
Voiles gonflées sous le vent arrière,
Echange de masses d’air.
Craquement.

Cassure.
Mats usés en rupture.
Houle.
La coque tangue et roule.

Un Parquet ciré nous accueille.
Glissades de titres.
La tempête emporte nos feuilles
Rejoindre les huitres.

Des analyses farfelues
Remplissent la corbeille
Devant les regards médusés
De porteurs abusés.
L’espérance est ténue
De retrouver l’oseille.

19 Double sens

Double sens, danse étrange
Une porte me suit, dans la brume plongée
Double tour, verrou d’ange
La clef après l’huis sombre, à la fin s’est posée

Nous étions au printemps. La brise soulevait
Ses longs cheveux soyeux. Toujours elle portait
Sa robe légère, me laissant entrevoir
Ses chevilles. Tout près, ainsi qu’un nid de fées,
Un buisson accueillant d’où perlait la rosée
Poussait, paisible. J’admirais son regard noir
Sous lequel des lèvres empressées et gourmandes
Achevaient le dîner. Quelques ailes friandes
Aspiraient le nectar, ce fertile ruisseau
Des champs fleuris. La pelouse respirait l’eau
Dont je l’avais arrosée le matin. Entre
Deux festins nous nous reposions sur l’herbe tendre,
Ses délicieuses jambes s'étirant, se pâmant
Se laissant deviner. Etendue sur le flanc,
Sous sa main caressante sa chatte s’extasiait.
A contempler ce grand jardin empli de paix
A contempler ses collines rondes et nues
J’eu envie de cheminer. Ma panse repue,
Je repris en main mon bâton de bois noueux
Et commençai de gravir le sentier en pente
Déjà raide qui mène presque jusqu’au cieux.
Elle m’accompagnait, aimant les vertes sentes.
Lorsque j’arrivai à l’entrée caverneuse
Du bois de conifères, elle était essouflée,
Sa poitrine haletait. L’onde tumultueuse
D’un petit ru chantait. La fatigue empressée
Envahissait nos corps et le désir grandit
De nous en retourner. Mais nous fûmes d’avis
D’aller toujours plus haut, augmentant la cadence
N'épargnant ni nos muscles, ni nos pieds en flamme
Jusqu'à ce que nos membres, gonflés d’impatience
Nous amènenent au sommet, ou enfin nos âmes
Eclatent de joie en gerbes de délivrance.

Si tu trouves, Lecteur, ma strophe trop austère
Reprend-la, n’en lisant que les lignes impaires

20 Chaste ivresse

Toujours être fin soûl, et sans rien avoir bu
Dans une chaste ivresse accrocher au plumage
Sombre de ses soucis les froufrous d’un tutu.
Pour couvrir de colombes leur grèle ramage,
Toujours être fin soûl, et sans rien avoir bu.

Pouvoir être naif le temps d’un arc-en-ciel,
Le temps de s’extasier de la moindre couleur.
Redécouvrir le goût d’une gorge de miel
Et revivre les nuits des premières douceurs.
Pouvoir être naif le temps d’un arc-en-ciel.

Voler, s’arracher de l’obscurité sans lune
Que tissent sous les toits les angoisses frileuses,
Fendre la toile épaisse des vieilles rancunes
Puis atteindre les doigts des étoiles heureuses.
Voler, s’arracher de l’obscurité sans lune.

Prendre la peau d’un fou et son rire incisif,
Rire à faire éclater les planches des théâtres
Qui nous séparent tous de leurs bouffants motifs.
A en brûler les écrans de fumée dans l'âtre,
Prendre la peau d’un fou et son rire incisif.

Se translater d’un pas vers l’orange horizon
Voir le rouge infini ouvrir son pont-levis
Flotter à contre-sens sur le fil des saisons
A travers les murailles et les miroirs polis
Se translater d’un pas vers l’orange horizon

21 ABCDaire

Acrostiche, viens avec nous : on rime au troquet de l'écluse !
Banquet jusqu’au matin sous les yeux pétillants des muses !
Décide-toi, la lettre C n’attends plus que tes vers,
Et quand tu le dessines, il en devient si fier !
Frère, le clocher sonne, il est dix heures
Gagnons vite la lice guidé par la lueur
Hâlée et sereine de damoiselle Lune,
Intense reine du ciel nocturne.
Joutons pour un lys, une fleur,
Kimono rose-thé sur un coeur
Laissé ouvert sur le passé.
Mandoline, un air enchanté,
Naviguons au petit bonheur
Où des berceuses affolées
Pourront panser nos plaies,
Que nos chants de guérisseurs
Répètent les octaves du bonheur
Sur la soie sensible de nos lèvres
Tandis qu’une nouvelle étoile se lève,
Une autre Vénus en robe de soirée qui s’en
Vient écouter nos strophes assise sur un divan,
Wagonnet de l'Orient-Express à la lueur des bougies.
Xérès pour tout le monde, et buvons aux Walkiries en furie,
Régate sur Pégase, distorsion poétique dans moins d’une seconde,
Zéro et c’est parti pour un voyage au pays d’un délire qui nous inonde.

22 Sa Majesté Sérénissime

Poème en Essaimessien traduit texto d’un texte troyen

O §des C - $R 6 tu 10 8 ma rN
J V 2main mat1 nous HT 1 ObN

1 Knapé 10:20 tesT par l'XR6
le temps 2 D6D 6 l’on est bien A6

le temps 2 Vrifier 6 l'11& s'AJT
2sus 100 rien KC & sans 2voir CD

toute notre K7 pour 1 10van DT
il nous faut DpenC dans l'FIK6T

soyons 12 + prudents avec les 2/2 prix
/4 les /3 commerçants sont souvent faux a/2

traduction :

Aux soldes c’est moins cher si tu dis oui ma reine
J’y vais demain matin nous acheter une aubaine

Un canapé divin testé par l’exercice
Le temps de décider si l’on est bien assis

Le temps de vérifier si l’on sait s’agiter
Dessus sans rien casser et sans devoir céder

Toute notre cassette pour un divan d'été
Il nous faut dépenser dans l’efficacité

Soyons tous plus prudents avec les demi-prix
Car les tiers commerçants sont souvent faux amis

23 Evanescence

Les meilleurs vers
Sont ceux qui restent en l’air
D’ailleurs ceux-ci se sont déjà évaporés
Vers l'éther
D’où ils sont nés

24 Octave

Allez déposer un cas do
Cas ré
Sous la cas mi sol
D’un papier bleu et rose où le ruban forme un cas si
Véritable cas la mité
Pour celui cas fa me
La vue d’un cas do

25 Esprit gaulois

A l’approche d’un spasme écartelé, Cécile
A raté son orgasme à cause d’une pile

Fuyant la pestilence avant de Ludivine,
Je regrettai l’oubli d’un pot de vaseline

Une odeur de marée poursuit dame Clarisse,
Clitoris attitré de la marine suisse

Du maillot détrempé de notre amie Joèlle
Dépassait, impudique, une intime ficelle

C’est en voyant son string dénuder Véronique
Que l’appétit me dit : « va pour latex tonique ! »

Tu peux dire à la soeur de la froide Chantale
Qu’on prend bien mieux son pied en ôtant ses sandales

Après l’avoir sucé, la coquine Eloïse
A planté le noyau de l’ardente cerise

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Auteur: chimay

Created: 2019-10-01 mar 12:34

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