Eclats de vers : Litera : Incendie

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Table des matières

1 Crochet

Un nid de notes
Tombe de l’arbre
Il dégringole
Et se lézarde

Sans prendre garde
A cette chute
La belle harpe
Etreint son luth

La jolie flûte
En devient rouge
Elle est jalouse
Dis la clef d’ut

C’est la salsa
Des andalouses
Entre le blues
Et la rumba

C’est l’opéra
D’une tzigane
Habanera
De La Havane

Une coquine
Qui se pavane
La mandoline
Qui a pris flamme

Une pluie fine
Sur de la braise
Que rien n’apaise
Et qui s’obstine

C’est un dièse
Désaltéré
Et parfumé
D’un rien de fraise

Douceur fruitée
Sur fond de poivre
Hors de portée
Dans les nuages

Crue syncopée
Vague solfège
Tri-crochetée
Par un arpège

Dans la nuance
D’un bémol beige
Et la fournaise
Des décadences

Viennent les rondes
La phase change
Rythme et cadence
Mènent le monde

Au fil des tons
Qui se confondent
De la passion
Aux tendres blondes

Telle est la gamme
Des pulsations
Canon pour dame
Salve pulsions

Tel est l’accord
Qui nous désarme
En cerfs qui brâment
Au son du cor

Le clavier mord
Dans les octaves
Teste les graves
Prend son essor

Hache l'échelle
De ses saccades
Se glisse au ciel
Coule la cave

Puis il module
Sa mélodie
La mode cule
Clouée saisie

Tétanisée
Par cette averse
L’harmonie berce
Sa léthargie

Coupe anisée
Qui la tamise
Puis se renverse
Perverse exquise

Quelques mesures
De frénésie
De démesure
Et de folie

Une fanfare
De fantaisie
Flots en furie
Dans la nuit noire

Orgue et cithare
Ensemble jasent
Est-il si tard ?
L’heure du jazz

Postons ces lettres
Choisis un timbre
Ah faut-il l'être
Etre un peu dingue

Changeons de thème
Plus lent moins sage
Joue contre joue
D’autres orages

Faut-il qu’on l’aime
Pour qu’on la joue
Qu’on la déjoue
Et qu’on s’y baigne

Tâter l’aiguë
Frôler la grave
A moitié nue
Panthère en cage

Mais tout s’achève
L’aura les rêves
Aux fleurs d’aurore
Le corps s’endort

Dernières notes
Evanescence
C’est le point d’orgue
Puis le silence

2 Sonnetine

Sur la grand-place aux lis où fleurit l’anathème,
Un lit fleurdelisé réchauffe un peu de cendre.
Près de l'âtre, un tison respire et sa cassandre,
Sa marâtre maîtresse effeuille un chrysanthème.

La boiserie laquée, le sommier palissandre
Ont vu bien des laquais se payer de satin.
Seul, un vieux sommelier n’a voulu condescendre
A boire le vin blanc des collines d’airain.

C’est un clairet très frais qui coule sans pépin,
Un fleuve d’or qui prend source sous la cambrure
Mais la vase, l’ignare, exècre les dorures,
Puisqu’au moindre vent d’ange, elle noie les raisins.

C’est le sort réservé aux terrestres liqueurs
Que de n'être qu’un temps l’embrun gris et vainqueur,
De mêler l’ambre gris aux rougeurs des framboises.

Quant à tous ces gardiens de vertu et leurs ordres,
Ils ne font qu'épicer une pudeur grivoise :
Dans tout vertugadin, les désirs sont désordres.

Eau, céans défie-toi de ces filles matoises,
Aile et gant, ce sont là leurs crocs et leurs babines :
Elles n’ont pas tôt dit qu’elles vous embobinent.

3 Les 7 pêchers capiteux

C’est l’orgueil de savoir que je tiens dans les mains
Ces flammes qui te font rougir quand la nuit tombe
Et qu’au creux de ton lit tu explores tes reins
Te tordant de plaisir quand mon chant te féconde
C’est l’orgueil de savoir que je tiens dans les mains
Ces flammes qui te font rougir quand la nuit tombe

C’est l’avarice aussi je garde les caresses
Dans un coffre blindé à l’abri des jaloux
Je frappe la monnaie de ta belle tendresse
Pour t'étendre en douceur sur la planche à bisous
C’est l’avarice aussi je garde les caresses
Dans un coffre blindé à l’abri des jaloux

Puis c’est la gourmandise à te dévorer crue
Marinée en brochette ou sautée à la poële
Qu’importe la cuisson lorsque je te vois nue
Rosée ou cuite à point j’ai comme une fringale
Puis c’est la gourmandise à te dévorer crue
Marinée en brochette ou sautée à la poële

La colère parfois juste pour l’arc-en-ciel
Arroser de sanglots la torpeur de l'été
Qu’importe le prétexte à épancher le fiel
C’est si bon de guérir en se laissant soigner
La colère parfois juste pour l’arc-en-ciel
Arroser de sanglots la torpeur de l'été

L’envie de toi qui rôde et s’infiltre partout
Comme un lourd pare-faim dans un soir de folie
Quand l’orage à venir électrise les doux
Nuages surchargés n’attendant que la pluie
L’envie de toi qui rôde et s’infiltre partout
Comme un lourd pare-faim dans un soir de folie

La paresse souvent quand il faut te quitter
Dans le blême matin des fins d’après-midi
Et loin du nid douillet parcourir les sentiers
Glacials de ces zombies qui méprisent la vie
La paresse souvent quand il faut te quitter
Dans le blême matin des fins d’après-midi

La luxure toujours de la cave au grenier
S’enrouler dans la paille ou dans les herbes folles
Se laisser envahir de chaudes voluptés
Ou saccager un lit quand le désir décolle
La luxure toujours de la cave au grenier
S’enrouler dans la paille ou dans les herbes folles

4 Plume d'amande

Les nuées pourpres du désir
Viennent rosir le parchemin
Son coeur se gonfle d’un soupir
Le stylo languit dans sa main
Quelle strophe vive et sanguine
Ecrit-elle à l’encre carmin ?
J’entends glisser sur le vélin
Son joli rire de coquine

Les nuées pourpres du désir
Se sont lovées dans ses cheveux
Sa muse d’un baiser fougueux
Baillonne son charmant sourire
C’est un frôlement langoureux
Qui l’envoûte et qui la taquine
C’est le murmure des aveux
Son joli rire de coquine

Les nuées pourpres du désir
L’encerclent d’un ruban de flammes
L’air surchauffé par le plaisir
Soulève sa robe de femme
En scandant la danse de l'âme
Aux cadences qui la calcinent
Jusqu’au sommet où il se pâme
Son joli rire de coquine

Les nuées pourpres du désir
Tordent les cordes de la lyre
Lorsque dans l’alcôve en délire
L’ombre de la chair se devine
On l’attend on en redemande
La fleur ardente de l’amande
Et sa jolie plume gourmande
Son joli rire de coquine

5 Double tranchant

Parfois quand le silence envahit l’océan
C’est que le vent qui sait le sel vif des morsures
A peur de déchirer la fragile voilure
C’est qu’il voudrait hurler et se tait en tremblant

C’est qu’il voudrait pouvoir aimer sans pour autant
Blesser ni se blesser croire comme autrefois
Qu’il peut refermer ses deux mains sur ses dix doigts
La serrer sans briser cet espoir qu’on lui tend

Sans transformer la joie en songe évanescent
Mais aimer c’est saisir une épée double lame
La poser sur le mur qui sépare nos âmes
Et nous dire tous deux viens mon coeur je t’attends

Mais aimer c’est tisser une autre déchirure
Sur la lune satin sur la soie de l’azur
Oubliant pour un temps ce que le temps élime

C’est avoir le courage indomptable et la foi
De ceux qui veulent croire aux sentiments sublimes
Et qui disent c’est l’aube au soleil qui rougeoie

C’est vouloir s’envoler vers les plus hautes cimes
Planer sans carburant quand le vent nous réclame
Au-dessus des volcans que notre lave enflamme

6 Caducée

Craindre de raviver la vigueur des morsures,
Effleurer prudemment les jalouses forêts
Hantées par les esprits des fantasmes secrets,
C’est pour les tendres dents de lait de la luxure.

Un cupidon cupide empoisonne nos coeurs :
La suave saveur du piment clandestin,
L’arme à double tranchant des amours serpentins
Sont de nos sangs trop froids les ultimes chaleurs.

Des ébats de cobras, effrénés et languides,
Quelques frémissement d’exploration tactile
Suivis par la fureur des frottements reptiles,
Voilà ce qui convient à nos passions bifides !

Viens ma soeur, dégustons les plaisirs interdits,
Que les anneaux sournois des fleurs incestueuses
S’enroulent à couvert dans l’ombre sinueuse
Pour combler dans l’orgie leur immense appétit !

7 Déjeuner sur couette

Apéro, le champagne, effervescent d’attente,
Agrémenté des fruits réveurs des océans
Et puis quelques croissants d’une lune couchante
Etoilés d’insomnies et d’espoir vascillant.

De la langue en entrée, parfumée au gingembre
Sous quelques fins cheveux embaumés de jasmin,
Des cils aux doux accents de thym, de romarin
Et des yeux affolés à brûler un décembre.

Vient le rôti d’amour, légèrement saignant,
Rosé comme ses joues, tendre comme ses seins,
Nappé de doux soupirs, de poivre et de safran
Et flambé de désir explosif et sans fin.

Pour arroser le tout, le vin de la passion,
Rouge comme sa robe, ardent comme ses reins,
La grisante saveur des raisins sans pépins
A consommer sur place et sans modération.

Le dessert, aigre-doux, sorbet de jalousie
Orage etincelé sur pluie de larmelettes
Puis se calment tonnerre et éclairs de folie
Lorsque le calumet met le feu sous la couette.

8 Il faut tout brûler

Il faut tout brûler, lui disais-je,
Incendier tout ces vieux fantômes,
Ces airs connus, ces vieux arpèges,
Qui nous écrasent sous leur dôme.

Au feu les photos du passé,
Toutes ces ruines balayées,
Ces visages emprisonnés
Par le vent des heures glacées.

Qu’il ne reste rien des instants
Meublés de rires et de voix
Qui encombrent nos sentiments
De trop de poussiéreux éclats.

Loin ces mines affriolantes,
Vermine de notre raison,
Que les flammes déliquescentes
Les avalent de leur passion,

Que leur fascinante colère
Se répande dans nos esprits,
Qu’ils sillonnent de leur lumière
Ces cadres creux et décrépits

Que le feu reforge nos coeurs
De délires incandescents,
D’appétits flambant de fureur
Et de leurs désirs bouillonants.

9 L'Eau de Feu

Mon esprit vagabond flottait dans les éthers
Que l’on trouve parfois au plus profond d’un verre
Quand, de sa voix ambrée, mon Cognac demanda,
Trémolo apaisant et ardent à la fois :

Dis-moi vieux compagnon, saurais-tu par hasard
D’où je viens ? Non ? Alors écoute cette histoire,
Il s’agit du Feu et de l'Eau
Qui, si fidèle est ma mémoire,
Eurent un jour ces mots …

L'Eau :

Tu brûles ! Doucement, tempère tes ardeurs ;
Ton âtre incandescent me donne des vapeurs !
Mon sang s’en va bouillir, je perle de rosée ,
Tu y mets trop d’entrain, je me sens embrumée.

Le Feu :

Tes embruns sont glacés, j'étouffe sous leur poids,
Veux-tu donc me briser et causer mon trépas ?
Le désir me submerge et mes braises s’essoufflent,
Vas-tu te refuser jusqu'à mon dernier souffle ?

L'Eau :

Ralentis je te dis, je ne suis que rivière,
Devant un océan de baisers c’est bien peu ;
Desserre ton étreinte, éteinds cette colère !
Tu sais bien que j’accours seulement pour tes yeux.

Le Feu :

Vraiment c’en est assez, je n’obtiens que tes rives
Quand vas-tu me laisser enfin passer à gué ?
Je veux explorer tout de tes courbes lascives,
Laisse la flamme enfin sur l’onde se coucher !

L'Eau :

Je sens monter en moi ces ardents tourbillons,
Ces alambics d’où sort l'élixir de folie ;
Mes galets caressants attisent ces démons
Vois je suis comme toi : dévorée par l’envie !

Le Feu :

Réchauffe-moi ce lit, mes flammes s’y enfument !
Ta bise me tisonne, un délire me gagne ;
Sois fougueuse, mon Eau, non pas étang qui stagne
Libère de tes flots ta frémissante écume !

L'Eau :

J’aspire à ta peau lisse, ôte-moi cette soie !

Le Feu :

Ne vois-tu pas déjà mes bûches qui rougeoient ?

L'Eau :

Mais qu’attends-tu lambin pour venir m’embraser !

Le Feu :

Arrachons sans détour tes atours enneigés !

L'Eau et le Feu :

Nous aimer c’est nous détruire ;
Allons, il faut en finir !

Tu l’auras deviné, ce n’est pas un mystère,
Je suis le fruit de leur union tumultueuse
Tout comme les Liqueurs et l'Armagnac mon frère,
Sens-tu vibrer en moi leur fusion amoureuse ?

10 Baisers incisifs

Ton rire est chaleureux et ta mine engageante,
Pourtant tes cils battants me laissent deviner,
Derrière ce tableau de courbes enivrantes,
Tes deux yeux prédateurs, superbes et glacés.

Ton voile diaphane est félin et fruité
Mais je sais que ton charme indécent dissimule
Quelque sauvage croc de fauve carnassier
Dont l'échine frissonne au seuil du crépuscule.

Là où d’autres ne voient que du bleu et de l’or
Rivière de cheveux, fine dentelle d’ambre,
Tes nomades soupirs n’effleurent que mon corps :
Mon âme est plus volcans que glaciers de décembre.

Mais ce n’est rien, dévoile-moi tous tes arpèges :
Il nous faut nous aimer avant de nous haïr,
Ainsi le veut la Loi. Et puisque c’est un piège,
Semons cet ouragan qui viendra nous détruire.

Chante-moi ces airs faux, ces factices solfèges,
Comme le veut l'Amour, je m’en vais y plonger
Et je joindrai aux tiens mes propres sortilèges ;
Mordons-nous chère amie, nos coeurs doivent saigner !

Mélangeons nos poisons, que la fièvre nous gagne,
Et nous mène au-delà des plus hautes montagnes !
Echangeons nos venins, ma complice Vipère :
Que ce soit une orgie de cocktail délétère !

11 Lagune

Au nom de tous ces mots qui n’ont pas été dits,
Englués près de l’oeuf sans oser s’envoler
Ou qui prirent l’envol et se sont fracassés
Sur la falaise en grès du silence maudit,
Au nom de ces griffons trempés dans le métal,
Ricanements vautours des oisillons meurtris
Au bec tranchant à vif dans la chair du moral,
Au nom de ces gosiers d’où ne sort plus qu’un râle,
Joignons nos lèvres pour partager un soupir,
Sur cette plage d’ocre où dort l’or du désir.

Au nom de ces regards qui sont restés au nid
Douillet d’une paupière et d’un cil empaillé,
Pris au piège feutré d’un globe détourné
Et qui s'éteignent tous dans leurs sombres réduits,
Pour ces braises noyées dans un lac lacrymal
Que quelqu’esprit hargneux fait jaillir de l’oubli,
Fantôme assoiffé de désespoir minéral,
Au nom de ces iris noyés dans un canal,
Eclairons nos yeux aux chandelles d’un sourire,
Sur cette plage d’ocre où dort l’or du désir.

Au nom de tous ces doigts qui se sont engourdis,
Givrés dans les gants blancs d’un manège gelé,
Figés par les reflets d’un passé momifié
Dans la routine exsangue où le temps ralentit,
Au nom de ces mains dont la lueur sidérale
Ne se rappelle plus les gestes assoupis
Dont elles se chauffaient au soleil matinal,
Au nom de cette peau devenue froide et pâle,
Brûlons-nous dans l'âtre de nos corps qui s’attirent,
Sur cette plage d’ocre où dort l’or du désir.

12 Essence

Je vais volant sans fin, avide et dévorant,
Semant la destruction, brisant ce qui se dresse,
Tout n’est plus après moi que larmes de détresse
Dont ma gorge brûlante se rit en buvant.

As-tu déjà senti les caresses cuisantes
Que prodiguent sans cesse mes lèvres luisantes ?

Rassasié j’ai l’air calme et je dors sans ronfler
Et l’on peut même alors tenter de m’asphyxier ;
Mais je conseille au fol qui tenterait sa chance
De ne pas trembloter : ce serait imprudence !

As-tu déjà gouté les caresses cuisantes
Que prodiguent sans cesse mes lèvres luisantes ?

Les plus épais des murs ne font que m’aiguiser,
Mes assauts turbulents les font tous frissonner ;
Chacun d’eux tour a tour me cèdera son or,
Je n’ai soif que de sang, de passion, de trésors ;

Je te sens avide des caresses cuisantes
Que prodiguent sans cesse mes lèvres luisantes !

Ma soeur même me craint et voudrait m’enterrer,
Devant moi l’on s’incline, on rampe ou l’on s’efface.
Es-tu d’acier trempé, d’airain ou bien de glace ?
Je te consumerai, ou bien je m'éteindrai !

Je suis en toi mortel, ô futur tas de cendres !
Grâce à moi tu survis s’il gèle à pierre fendre ;
Grâce à moi tu aimes, désires et festoies,
Je consume ton coeur, et tes reins et ton foie ;

Pourrais-tu te passer des caresses cuisantes
Que prodiguent sans cesse mes lèvres luisantes ?

Pauvre mortel, ho non ! jamais tu ne pourras :
Je suis le Feu, je suis ton âme, je suis Toi.

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Auteur: chimay

Created: 2019-10-01 mar 12:34

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