Eclats de vers : Litera : Sérénades

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Table des matières

1 Rome antique

Il va chanter sous son balcon tous les soirs
Le coeur hanté par ses beaux yeux mandoline
La nuit minaude en mélodies bleu marine
La brise est chaude, est-ce son souffle ou l’espoir ?

Dans la pénombre où la vision s’est offerte
La nuit maraude et vient lécher de son phare
Les vagues d’ombre à sa fenêtre entrouverte
La brise est chaude, est-ce son souffle ou l’espoir ?

Elle chavire, il ne le sait mais devine
Qu’un oiseau-lyre enflamme l’or de ses rêves
Il va chanter pour qu’elle danse et soulève
Son coeur hanté par ses beaux yeux mandoline

Valsez velours, ensorcelez son ondine !
Son enchantée a laissé choir son mouchoir
Salves d’amour sur ses lèvres purpurines
Il va chanter sous son balcon tous les soirs

L’astre maraude en ronronnant comme un loir
Au garde-flou de ses cheveux mousseline
La brise est chaude, est-ce son souffle ou l’espoir ?
La nuit minaude en harmonies bleu marine

2 Chopine

Le charmant chuchotis de l’eau
Contient toutes les voix du monde
Les fleurs chantent dans les roseaux
Les cordes de pluie sont fécondes

Un jour une fée aux doigts fins
Voyant un ruisseau embusqué
Sous un saule aux canards laqués
La franchit de trois bonds coquins

Le flot en fut si enchanté
Qu’il lui en chanta trois ronds d’eau
Amenant sans difficulté
Toutes les rimes des rondeaux

De ces frissons aux parfums frais
Délicatement déposés
De ces trois sauts si raffinés
Naquit la valse au teint de lait

C’est de leur contact sensuel
De ces trois pieds voluptueux
Que coulèrent ces airs charnels
Ces airs qu’on ne danse qu'à deux

Sous une lune tamisée
Une pleine lune de coeur
Croissant romantique embrasé
A l’abri d’un saule fleureur

Mais que vois-je ? Un pétale choir
Au goût de rose et de jasmin
Un deux trois donne-moi la main
Que je te rende ton mouchoir

Parlons de tout parlons de rien
Des ces boiseries patinées
La nuit le soir ou le matin
Je sens le clair de tes pensées

Livre-moi ces doigts d’alchimiste
Que je vis dissoudre la haine
Pour la transformer d’un pleur triste
En pleur de joie perle sereine

Tu connais la magie des songes
Qui prennent corps au cor de brume
Chacun de tes cils les prolonge
Chacun de tes yeux les allume

Tu es ici quand je suis las
Et c’est cette folle impudence
Folie sage et dingue à la fois
Qui fait que je crois en l’errance

Que je compte les sceaux scellés
Jouant à deux sur quatre mains
En trois temps le choeur est commun
Une brise au ciel étoilé

Toi moi la vie et le destin
Pour un quatuor calfeutré
L'élégance dort sur ton sein
D’un seul accord l’accompagner

Comme ces pulsations de basse
Qui frisent l’excès de vitesse
Le tournis frôle les audaces
Sous la caresse de l’ivresse

C’est le vertige de trois notes
Si tu tombes je te rattrappe
Sens-tu ce voyage qui flotte
Comme échappée de murs opaques

Comme un billet doux cacheté
Sur un clavier qui se déroule
Quand la colombe satinée
Près du colombage roucoule

Jazz bleu col blanc sourire d’or
Aux touches d’ivoire et d'ébène
Goutte de rosée à babord
Nacre au soleil d’une sirène

3 Envol

Le ruisseau jase avec l’oiselle
En un flot furieux et frivole
Et si le lac palpe le ciel
Il en a perdu la parole

Oui tous deux toisent les nuages
Et jonglent sur des filaments
Tous deux dispersent les mirages
A la source du firmament

Mais le ruisseau est un oiseau
Que le cours tourmenté emporte
Quand le lac rêve d’un roseau
Qui vienne frapper à sa porte

Hélas le lotus bleu est rare
Le papyrus reste muet
Pas le moindre remous fluet
Pour secouer le flot avare

Car c’est de chant que l’oiseau vole
Beaucoup plus haut que les nacelles
Non de la lourdeur de ses ailes
Tenues aux caprices d'éole

Le ruisseau et l’oiselle épris
Que leur importe les sentiers ?
Les voilà déjà fa mi liés
A se mi ré dans leurs ré si

« - Au do do du couchant do ré
En la c’est moi fa si la mi
Ôtez bien tôt votre si ré
Et venez sécher vos soucis

Viens auprès de moi te coucher
Que l’eau s'épanche du pichet
J’ai mis pour mieux nous réchauffer
Le matelas près des chenets

- Pour payer ton joli sourire
Je n’ai que de vaillants bisous
Foin des bacs chiche du désir
Dis-moi je te mets la bise où ?

- Je la préfère au biais vert
Commence par tâter les chais
Viens que je te verse le verre
Qui dans ma robe se cachait

En la c’est moi fa si la mi
Que demain je ne sois plus celle
Qu’au do do daubent les pucelles
Et poules du même acabit

Qui demain conteront partout
Que je n’ai pas eu froid aux jambes
Qu’importe que leurs langues flambent
Ma vertu si l’instant fut doux ?

C’est la honte et non le péché
Qui les a chassé de l'éden
Ce qui les a fait trébucher :
La peur de s’affronter soi-même

Je suis une partie de nous
Unique et multiple à la fois
Passe dans les miens tes genoux
Nous y retrouverons la foi

Un autre univers sans rivaux
Royaume de la mélodie
Nous laisserons la nostalgie
Vieux haillons près de la rive eau

C’est mon désir de dame oiselle
C’est donc un ordre mon charmant
Viens nous sertirons d’asphodèles
La géode du firmament »

Le soir pose un voile discret
Sous le duvet des hirondelles
Qui laissent choir un peu exprès
La nuit incrustée d'étincelles

Le briquet ocre un temps vacille
N’est plus qu’un pourpre liseré
Sur un divan rose irisé
Les dix vents posent leur résille

Mais d’autres étoiles s’allument
Sous le plafond bas de leur nid
Ce sont leurs yeux qui se consument
A se mi ré dans leurs ré si

4 Air libertin

Nous sommes de fins matelots
Ecumeurs de bars et d’amphores ;
Les salves de nos lourds grelots
Visent les chaloupes du port.
Nous allons donc au petit trot,
Corsaires gorgés de sirop,
Mélanger à l’eau des maillots
Les fiers bourgeons de nos sabords.

Nous passons au large des îles
Peuplées d’amazones sans coeur
Et de ces prêtresses stériles
Adoratrices du vibreur.
Gloire à la gourmande indocile
Qui préfère aux plaisirs à pile
L’affut de nos canons sans fil
Embouchés sans fausse pudeur !

Et lorsqu’on croise la maison
D’une vierge de carnaval,
On vient chanter sous son balcon
Qu’on l’entend jouir jusqu’au bal !
Nous sommes les tombeurs de masques,
Insuportables et fantasques,
Ivres de débauche et de frasques
Du clair matin à l’aube pâle.

Nous ne goûtons guère ces belles
Qui confondent glace et vertu ;
Qui, pour garder au sec leurs perles,
Referment l’huître et le tutu !
Vive les douces, les donzelles,
Sus à la gueuze, à la gazelle
Qui ne se fait point trop rebelle
Lorsqu’on lui met la main au cul !

Nous aimons peu ces délicates
Qui font un rempart de leur blouse
Lorsqu’on leur joue un air de gratte
Aux environs de la pelouse !
Vive ces joyeuses coquines
Qui aiment lorsqu’on les lutine
Et frémissent lorsqu’on butine
Leurs infatigables ventouses !

De la guêpière aux jaretelles
A-t’on rien vu de plus dodu
Qu’une culotte de dentelle
Sur un fessier à moitié nu ?
Vive les catins, les pucelles
Qui nous ouvrent grand la rondelle !
Allons croquer la fleur charnelle,
Nous soûler au fruit défendu !

5 Douceur vive

Viens j’oublierai que je t’aime
Le temps que le four préchauffe
Et variations sur ce thème
Libèrer l’instinct du fauve

Sans savoir qu’on se connaît
Je te prends belle inconnue
C’est la saison des genêts
Plus celle des ingénues

N’y pensons plus que l’on baigne
Le désert de pluie souvent
Tu sais qu’un volcan qui saigne
Répand sa cendre à tout vent

Viens toi oublie que tu m’aimes
Laisse flamber ton désir
Afin que l’ouragan même
Ne puisse éteindre un soupir

C’est un sentiment si dense
Qu’il pourrait nous écraser
A moins que l’incandescence
Le puisse canaliser

On pourrait passer sa vie
A se poser des questions
Contentons-nous de l’envie
Il n’y a d’autre raison

Viens oublions que l’on s’aime
Nous serons plus à notre aise
Je ne veux pas que l’on sème
Des verrous dans la fournaise

Brisons le gel du respect
Je te traiterai en chaude
Et m’enfuirai avant l’aube
Pour revenir juste après

Lire sur ta peau de miel
L’aveu muet d’un encore
Que l’on se travaille au corps
Pied au plancher vers le ciel

Mais quand vient l’instant suprême
De voguer sur l'élixir
N’oublions pas que l’on s’aime
Pour transcender le plaisir

6 Sonate

Parfois quand la nuit tombe et que je rêve en toi
Nous jouons tous les deux un air au piano
Un air à quatre mains prélude à nos ébats
Et le désir compose un nouveau boléro

Parfois quand la nuit tremble et qu’il fait un peu froid
Je caresse tes joues où l’orage ruisselle
Pour y cueillir enfin l'éclaircie l'étincelle
De l’instant où tu viens te blottir dans mes bras

Parfois quand la nuit brûle en vagues sensuelles
Et que la plage s’offre à l’océan sauvage
J’enlève tes frissons sur les dunes de miel
Et nous voguons sans rame aux délicieux naufrages

Mais quel que soit le temps nos rages nos passions
Nous avons tour à tour dévoré les octaves
Neige blé fleur et fruit l’aiguë unie au grave
Nos voix entrelacées sur les quatre saisons

7 Invitation

Lumière éclipse éclair obscur
Frontière floue du crépuscule
Dis adieu aux plaines d’azur
Bientôt les horizons basculent

Sens-tu vibrer la frénésie
Elle nous vient du fond des âges
Pour nous dire ne sois sage
Sens-tu vibrer la frénésie

Elle nous vient du fond des âges
Comme de l'étang le lotus
Comme le chant des coquillages
Qui souffle sur le papyrus

Sur le papyrus où tu aimes
Sur le papyrus où tu crées
D’une page blanche un poème
De la nuit de jais une fée

Lumière éclipse éclair obscur
La lune contre le soleil
Qui va gagner rien n’est moins sûr
Ils semblent s’entendre à merveille

Ils jouent au loup qui chasse l’ange
Ange loue moi loup mange moi
Et ces deux anges se démangent
Quel doux mélange que voilà

Car le train du temps n’attends pas
Ecoute siffler la vapeur
La locomotive en chaleur
S'ébranle sous le feu de bois

Comme de l'étang le lotus
Comme le chant des coquillages
Qui souffle sur le papyrus
Elle surgit de son naufrage

Dès que la pénombre sauvage
Frontière floue du crépuscule
Invite dame libellule
A danser entre les nuages

Quel doux mélange que voilà
Ils semblent s’entendre à merveille
M’amie ne reste pas de bois
Viens au bois cueillir des groseilles

Car le voyage n’attends pas
Dis adieu aux plaines d’azur
Quand l’horizon basculera
Nous pourrons tirer les tentures

Sens-tu vibrer la frénésie
Sur le papyrus où je t’aime
Sur le papyrus où tu crées
D’une page blanche un poème

Dès que la pénombre sauvage
La lune contre le soleil
Au firmament font des ravages
Pour nous offrir un arc-en-ciel

Partons pour l'île des idylles
La plage et les noix de coco
La langueur des vagues coquines
Et le fondant du cacao

Ou bien au son des cornemuses
Danser la ronde des étoiles
Faire l’amour avec les muses
Jusqu’au réveil de l’aube pâle

Je serai loup tu sera l’ange
Puis nous inverserons le jeu
Et que plus rien ne nous dérange
Avant d'être en gare des cieux

Qui va gagner rien n’est moins sûr
J’ai mis du coton sous l’essieu
Lumière éclipse éclair obscur
La lune au soleil a pris feu

8 A une désenchantée

Quand vous serez blasée de trop de vilénies,
Balayée par le flux constant de l’ironie,
Quand rien ne sera plus important que la vie,
Me ferez-vous l’honneur d’une nuit dans mes bras ?

Quand vous aurez vidé les flacons du désir,
Croyant ne plus jamais craquer pour un sourire,
Me ferez-vous l’honneur d’une nuit dans mes bras
Que je puisse à nouveau vous regarder rougir ?

Quand je ne serai plus ébloui par les gemmes,
Me ferez-vous l’honneur d’une nuit dans mes bras
Que je puisse admirer dans ces cheveux que j’aime
Toute une galaxie constellée de poèmes ?

Me ferez-vous l’honneur d’une nuit dans mes bras
A l’heure où seul un oui osera me surprendre,
A l’heure où je serai assez fou pour te prendre,
Ton corps contre mon corps dans une passion tendre ?

9 L'amour n'existe pas

L’amour n’existe pas
Parfois tu hallucines
Il est là sous tes draps
Mais c’est juste une épine

Derrière les courtines
Un piège de satin
Filet tressé de vin
Fin et d’humeur chagrine

Reverse-moi du vin
Ma tristesse est vidée
Ton nectar est divin
Mais la coupe est criblée

De part en part percée
Et notre amour s’enfuit
Ne laissant dans le lit
Que la lie désséchée

C’est juste un joli nid
Un peu de paille en or
Quelques cris dans la nuit
Oubliés à l’aurore

C’est l’appétit d’un corps
Ou la soif de conquête
Parfois on est si bête
De chasser des trésors

Interminable quête
Dans les plaines démentes
Recouvertes d’arêtes
Et d’horizons qui mentent

C’est juste de l’amante
L’arrière-goût des lèvres
Qui laisse un peu de fièvre
Et des visions d’amande

Non il n’existe pas
Dès qu’un coeur dégouline
Les vautours volent bas
Les mouches s’agglutinent

Et pourtant nous l’avons
Tous aperçu un jour
Glissant comme un savon
Tendre comme un velours

10 Attabulations

Un simple banc dans un parc.
Il est ivre, donc monarque
De ses rèves qu’il embarque
Vers un monde moins vilain.
Le ciel est gris, peu importe,
Il suit ce vin qui l’emporte
Par-delà les limbes mortes,
Les brumes et le crachin.

Table bancale et cartons.
L’atout ? Le coeur, sans raisons,
Serait-il maître sinon
D’un quartet de puissants rois ?
L’ancien rouspète et sermonne
Le novice le talonne
L’autre contemple sa donne
Le dernier trie son fatras.

Table oblongue de banquet.
Aidée d’amphores en grès,
La bouteille sert d'étais
Aux langues qui se délient.
La chanson court dans les rues,
Les places, les avenues,
Attirant les ingénues
Vers ce brasier qui pétille.

Table ronde, rien au centre,
Place qu’occupe en son antre
L’honneur qui rentre son ventre
Pour crier : ``Sus aux félons !''
Ils jurent alors, l'épée
Sur le coeur et la pensée
Vers la gloire détournée
Ou vers un seul mot : ``filons !''

C’est un complot, salle obscure,
Les masques servent d’armure
Le couteau fend les dorures
Le signal est convenu.
Le palais dort en silence
Mais soudain un bruit de lance !
Tous s’immergent en cadence
Dans un secret bienvenu.

La cantine d’une école,
Armée de marmots frivoles,
Gare à la purée qui vole :
La cuiller lance ses pierres.
Les cafards rampent de peur
Car le couvert est vengeur
Les victimes, sous le beurre,
Tachent la nappe peu fière.

Discussion ventripotente
Sur quelques bières ardentes
Politique, siège en vente,
Filles et fleurs, tout y passe.
La gazette se relit
Le vieux mot est ressorti
Un reste de mousse rit
Les moustaches se délassent.

Bois tamisé et chandelles
Bien sûr elle est jeune et belle
Il tourne autour et chancelle
Guettant la moindre ouverture.
La lampe s'éteint, tant mieux !
Le jour rend les coeurs frileux
La où l’obscur amoureux
Appose sa signature.

11 Double écho

Je thème,
Tu même,
Ils sèment.

Je suis bien loin de toi mais j’entends les échos
De ton chant triste et clair dans le voile du soir ;
J’entends ta faible voix malgré le chant des foires,
Le choeur des voies lactées canonise ces mots.

Je suis bien loin de toi et j’attends comme un sot
Que la nuit te dévoile et nous unisse enfin.
Je suis comme un vieux loup acculé par la faim
Mais qui ne goûte plus que ta chair sous ses crocs !

Je voudrais abolir les mille années-lumière,
Parcourir d’un seul trait ce temps qui nous sépare ;
Vois-tu je me souviens de ce sombre boudoir
Et de ce doux contact qui franchît la frontière.

Je cède volontiers aux charmes du mystère
Et l'étrangeté flotte à l’entrée de tes reins ;
Si ce pâle anneau d’or n’a retenu ta main,
Laisse-moi le dissoudre en fredonnant ces vers.

Je thème,
Tu même,
Ils sèment.

Ton écho se reflète au fil de mon espoir,
Dis-moi si tu le vois briller dans ton jardin.
Dis-moi si les flocons que pleurent mon chagrin
Libèrent sur ton sein un caressant nectar.

Te chuchoteraient-ils que je veux te revoir ?
Partager la morsure incendiaire du givre
Qui t’enserre et la vaincre à coups de ce sel ivre
Que tranpirent deux corps épousés dans le noir ?

Nos coeurs fous ballotés par un désir sans frein,
De l’aube des rosées aux étangs teints de cuivre,
Jusqu'à ce qu'épuisés nos souffles se délivrent,
Assouvir d’heur en heur notre amour clandestin,

Veux-tu ? Ou n’ai-je seul que l’espoir d’un refrain,
Souvenir incessant roulant comme une vague
De ton doigt lacéré, étouffant sous sa bague,
Avec ces quelques mots perdus dans le lointain ?

Je thème,
Tu même,
Ils sèment.

12 Randonnée

Je vous emmènerai dans ce lointain jardin
Où l’on entend encore de joyeux lutins
Nous nous y laisserons bercer par une brise
La pomme y sera drôle et la cerise exquise.

Auprès de ces ruisseaux où l’eau chante sa joie
L’onctueuse Ondine, de sa voix de cristal
Où se mèle en torrents clarinette et hautbois,
Nous offrira sans doute un de ses récitals.

La chanterelle nous contera quelque histoire
Qui ne se peut entendre qu'à l’orée du soir.
Les arbres bruisseront leurs ramages de rire
Sous les taquineries d’un zéphyr en délire.

Nous verrons sûrement ces troncs au front plissé
Qui, des heures durant, racontent leur jeunesse
Sous la teinte rougeâtre d’un vieux vin boisé
Qui grise jusqu’au faîte leur sève en liesse.

Puis la nuit étendra ses filaments pudiques
Nous nous allongerons tout près d’une clairière
Et là entre la terre, l’air et la rivière
Notre feu rougira, ma sorcière lubrique.

13 La musique

La musique parle à notre âme
Lorsqu’on prend le temps d'écouter
Les cadences en filigrane
Qui trament ses sons nuancés.

Ainsi, j’eu un jour la vision
D’une femme au pas éthéré
Flottant dans les rythmes profonds
Et dans les volûtes d’un thé.

Sa robe était de pourpre et semblait une fleur
Prise dans le siphon d’un ruisseau agité
Tant elle tournoyait de transe et de sueur
Dans l’extase lascive d’un corps enfiévré.

Car elle languissait dans ses pas débridés,
Lente autant que rapide en un souffle asynchrone,
Flamme dorée de jade et topaze emmèlés
Qui vibrait, tremblotante, dans l’air ceint de baumes.

L’azur se zébrait de ses bijoux embrasés
Par le va-et-vient de sa danse suggestive ;
Je la suivais des yeux, tout mes sens envoûtés,
Lorsqu’elle à filé comme une étoile impulsive.

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Auteur: chimay

Created: 2019-10-01 mar 12:34

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