Eclats de vers : Litera : Songes

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Table des matières

1 Songes

1.1 Entre deux songes

J’étais là, échoué, sur le bord de mon rêve
À écouter la nuit doucement qui s’achève.
Il faisait noir, il faisait tiède, il faisait calme,
Sous le ballet sans fin où tournent les étoiles.

L’horloge astronomique, immuable, s’étend,
Hypnose sans couleur de tout le firmament.
Perdu d’admiration pour ce cosmos étrange
Où le sourire en fleur est un astre qui danse,
Je perçois le murmure immense des rouages,
Cliquetis silencieux qui déroule les pages,

Et tandis que je sombre à nouveau dans mon rêve,
J’écoute ronronner les vagues sur la grève,
Caresse sur le dos liquide de la plage
Qui se cambre et se cabre au rythme des nuages.

1.2 Poudre de songe

Tu laissais filer tes pupilles
Dans les ruissellements d'étoiles
Tes yeux caressaient la prairie
Qui te répondait en rafales

Tu laissais flotter ton regard
Au fleuve aval de notre union
Des reflets rêveurs des miroirs
Affleuraient déjà nos frissons

Tu appris à dompter le vent
Dans un silence solitaire
La plume dorée du couchant
Te livrait le secret des pierres

Nous parlions le même langage
Celui d’une flamme qui tremble
Brûlée d’amour mais ses ravages
N’ont pas empêché que l’on flambe

Tu semais la poudre des songes
Sur chaque colline sauvage
Et chaque tempête où tu plonges
Vint s'échouer sur leurs rivages

Nous les avons suivis sans crainte
Jusqu’au crépuscule éternel
De la douceur de nos étreintes
Nous avons reforgé le ciel

1.3 Coupe de blues

Mal au coeur fuit le jour
Galactique alambic
Tamisons l’abat-jour
Pour ne pas qu’il nous pique

Le réel se décale
Tu trouves naturel
Parfaitement normal
D'écrire aux hirondelles

Des poulets au cognac
Rôtis par le roulis
Entre deux clapotis
Flambés sur le tillac

Quelques coupes de blues
Dans les verres de vaincre
Ils s’en vont tous par douze
Douze tours de cylindre

Les cactus se lézardent
Ils sanglotent ensemble
La dune les regarde
L’oasis qui en tremble

Les hivers sont changeants
Tu voudrais voir Grenade
Oublier dans les chants
Les troupeaux de salades

Les passions des vendanges
Donnent en vieillissant
Des crus dignes des anges
Des vinaigres grinçants

Quelques pichets de blues
Dans les jarres de vaincre
Plutôt l’arbre aux pelouses
Aux pipeaux les vrais timbres

Miaulement plaintif
Modulations félines
Plaintif impératif
La nuit se fait câline

Et tu te sens moins seul
Tu parles aux fantômes
Procession de linceuls
Et reliques d’arômes

L’antique trisaïeul
Te décrit d’autres vies
Cantiques des tilleuls
Plusieurs ombres le suivent

De jarre en vidrecome
Le vidrecome en main
A travers l’air marin
Tout chemin mène au rhum

Tu vas de barque en barque
Le nez dans le brouillard
Tu plantes ton mouchoir
Sur un mât de fortune

Tu es le seul monarque
De l’esquif qui a pied
L’appelles fin voilier
Frégate des lagunes

La poésie t’embrume
Comme une aube illusoire
Le ventre de l'écume
Trace un sillon d’espoir

Quelques cocktails de blues
De flocons en flacons
De flacons en glaçons
De glaçons sous la blouse

Ferme les yeux pour voir
Tu rêves que tu rêves
Une voix au manoir
Et le rêve s’achève

Elle était invisible
Sans cheveux sans dentelle
Conduisant sa rolls blanche
Mais c'était bien une Elle

Tu le sens aux fragrances
Déroulant une écharpe
Sillage embruns d’hermine
Tubulure de harpe

Quelques grappes de blues
De champagne en mousseux
Quelques pampres d’arbouses
La glace est sur le feu

Oui c'était bien une Elle
Et pas de ton poulet
Le désir a des ailes
Mieux que des piolets

L’aimant songes sont-ils
Dans le jeu des probables
Univers en exil
Dans les limbes des fables

Sont-ils la vérité
De mondes différents
Etranges liserés
Perdus au fil du temps

Quelques coupes de blues
Dans les verres de vaincre
Ils s’en vont tous par douze
Douze tours de cylindre

1.4 Quête

Au fil de l’indomptable, aux cris stridents de l’eau,
Voguait l'écrin sacré, voguait telle un corsaire
La soif, ce sel pâteux des sables aurifères,
La source inaltérée qui ronge les métaux.

L’inassouvi s’ouvrit sur un clair de salière
Où même les piliers d’autres temps se corrodent
Et les musées anciens se recouvraient de lierre
En songeant aux affreux hurlements de l’iode.

Et toi, quel est l’effroi qui t’indique l’exode,
Les cimes des nuées, les murailles de gel,
Les reflets argentés au pied des citadelles,
L’inaccessible enfin, le vent que rien n'érode ?

La flamme pétrifiée dont l’ombrage liquide
Ouvre dans les parois les portes d’atlantides
Tout en laissant l'écho submerger les cavernes,

Ensemencer le verre en l’embuant d’un souffle
Puis peindre de ses doigts la faune des tavernes,
Se laisser emporter par ces rêves qu’essoufflent

Ces univers enfouis que d’autres lois gouvernent,
L’irréel, l’impossible et l’impensable ensemble,
Voilà ce que l’on cherche et c’est pourquoi je tremble.

1.5 Les exilés du ciel

Faites le plein de la voilure
Ce soir nous partons pour la lune
Nous n’emportons pour nourriture
Que du vent pour chasser la brume

Gonflez bien les voiles latines
Qu’elles dansent pour nous ce soir
C’est dj Cyclone aux platines
Et cocktail Tornade au comptoir

Nous remontons le cours du ciel
Oui pourquoi cela vous étonne ?
Au clair d’une lune de miel
Entourés d'éclairs qui détonent

Une frégate de plaisance
Allant lutiner les houris
Sous pavillon de complaisance
- Le firmament nous a souri -

Une régate sous la brise
Voguant vers les nuages roses
Pour le chemin pas de surprise
Nous suivrons le parfum des roses

Nous prendrons en stop les sirènes
Ca les changera des grands fonds
Quelques dauphines des six reines
Nous envoûteront de chansons

Nous ferons valser les étoiles
Et leurs diamants magnétiques
Nous irons dissiper les voiles
Des mondes fantasmagoriques

Nous irons cueillir la musique
Et récolter quelques oeufs d’or
Mais pas d’omelette cosmique
Car les poussins sont des trésors

Nous irons prendre les vénus
Au piège de leurs flammes d’ocre
Tâter de leurs draps bleus ne fut-ce
Que pour déferler le grand foc

Nous verrons ces neiges charnelles
Déposer sur nos chevelures
Les cristaux blancs de leur dentelle
Faites le plein de la voilure

Nous remontons le cours des songes
Sur le fil doré des merveilles
Nous remontons le cours des songes
Qu’attendez-vous ? On appareille !

Partons saisir l’insaisissable
Le graver sur un hologramme
Et enlevez-moi tout ce sable
Que s’en échappe chaque gamme

Notre ancre est lasse de mouiller
Dans une baie noire aux flots lisses
Quittons cette baignoire huilée
Eperonnons toutes les drisses !

Nous ferons valser les étoiles
C’est dj Cyclone aux platines
Amenez-moi toute la toile
La rose des vents nous taquine

Ces doux embruns qui nous parfument
C’est la trace de son sillage
Que son doux parfum nous embrume
Nous guide à travers les nuages

La barre au large et cap au ciel
C’est cocktail Tornade au comptoir
Sortez le chouchen et le miel
Dame lune nous offre à boire

Sur le fil doré des merveilles
Le firmament nous a souri
Qu’attendez-vous ? On appareille
Sur le fil doré des merveilles

Nous n’emportons pour nourriture
Que du vent pour chasser la brume
Faites le plein de la voilure
Ce soir nous partons pour la lune

1.6 Extension

C’est vivre chaque jour comme un autre univers
Transpercer l’illusion des pesantes routines
Pour s’immerger sans peur aux fractales sublimes
De l’espace et du temps chatoyants de lumière

Labyrinthe cosmique où les murs sont miroirs
Et se renvoient la balle agile des reflets
Les pièces reliées par un couloir secret
Chaque face est un monde et la chambre un manoir

C’est murmurer existe et porte au loin tes rêves
Il n’y a d’autre loi et le fond du mystère
Est un écho dans un défilé circulaire
Que tu peux créer dès que ton âme s'élève

1.7 Rêve d'or

Elle apparaît telle une électre
Dans un halo pâle de spectre
A l’heure où la nuit s'évapore
Ma belle fée ma favorite

Je suis glouton elle est avide
Sa robe argentée translucide
Me cache si peu ses trésors
Ses trésors de fée qui palpitent

J’entends sa chaleur envoûtante
Murmurer des phrases troublantes
Et son baiser brûle mon corps
En une caresse explicite

Elle me parle avec sa peau
Elle chante comme un ruisseau
Elle a ensorcelé mes songes
De quelque magie non écrite

Je ne sais même pas son nom
Mais je l’ai baptisée Passion
Et c’est bien ce feu qui nous ronge
Mieux que tout un essaim de mites

Les vagues d’or de ses cheveux
S'écrasent sur le sable bleu
Et il faut voir comme j’y plonge
Quand ma naïade m’y invite

A l’heure ardente des adieux
Quand le soleil frappe mes yeux
Coule de nos cernes rougies
Une pluie glacée qui crépite

Mais malgré sa voix enjôleuse
Ses propositions langoureuses
Le jour a soufflé les bougies
Ma nymphe s’estompe interdite

Et charme ou bien métamorphose
C’est le mystère de l’hypnose
Mais là où s’enlisait m’amie
Ma belle fée ma favorite

Je sens sa chaleur envoûtante
Murmurer des phrases troublantes
Et son baiser brûle mon corps
De langues de feu qui crépitent

1.8 Oniria

Si la vie n’est qu’un rêve on ne s’en souvient plus
Au sommeil dans une autre et qui semble un réveil
Seul un rire taquin à l’orée de l’oreille
Tente de révéler ce que l’oeil n’a pas vu

L'âme le sait peut-être est-ce jamais pareil
Quand le coeur rebondit sur la passion nouvelle
Temple antique habité par un jeune soleil
Oublie le défilé des saisons solennelles

Laisse s’illuminer l’aile des demoiselles
Sur ton âtre attendri que l'élytre s’irise
Laisse-toi prendre au jeu de ta charmante prise
Jusqu’au diapason des vibrations charnelles

Tu connais la chanson depuis l’aube des mondes
Tu te revois barbare en pincer pour ta blonde
Tu te revois cristal épousant la rivière

Le souvenir t’inonde et de joie et de larmes
De rendez-vous discrets que la nuit seule éclaire
De ces galanteries qui te laissaient sans armes

Ecoute une voix douce entrouvre nos paupières
Allons la retrouver mon âme au coeur brisé
Un refrain est fait pour être chanté chanté

1.9 Les six lances

Le vide est créateur. Il n’est pas un silence
Qui n’envoie une note aiguë comme une lance.

Des plus intenses ténèbres,
Du plus dense des néants,
La foudre jaillit et zèbre
Le tapis roulant du temps :
Nulle litanie funèbre
Ne résiste aux éclairs blancs
Du plus dense des néants,
Des plus intenses ténèbres.

Les cordes saturées frémissent d’impatience :
Caressons de nos doigts le clavier du silence.

Des galeries des possibles,
La fourmilière extensible
Lance ses dents submersibles
A l’assaut d’autres futurs ;
A chaque fourche son choix,
On bifurque à chaque pas,
Le hasard ici n’est pas
Soumis aux lois des augures.

Des pincées de pensées s'échappent du silence,
Volutes de fumée qui tournent en cadence.

L’agile magie se joue
Des mailles de la matière,
Aucune horrible lanière
Ne vient flageller ses joues ;
Ne vient flageller ses joues
Car elle passe au travers,
Ne vient flageller ses joues
Des mailles de la matière.

Autour de l’harmonium, la rosée qui condense
Vient pincer de ses pleurs les cordes du silence.

Et le treillis s'évapore
Comme un songe évanescent,
Comme un arbre transcendant
Qui se fond dans le décor,
Dans le décor décadent
Qui explose les verrières
En nuages de poussière
Flottant au gré des courants.

Les clefs des instruments s’accordent au silence,
Délivrant des floppées de notes qui s’agencent.

Disparues les tentacules
Du réel où l’on se cogne,
Où les obstacles bousculent
Les fleuves qui se renfrognent ;
Les mosaïques basculent
Au coeur du surnaturel
Où l’idée est une bulle
Dans un halo irréel.

Au creux de son hamac, la chanson se balance
Au rythme langoureux des nuées du silence.

L’aube et le couchant s’opposent,
Vibrante dualité ;
La roue des métamorphoses
Oscille sans s’arrêter ;
C’est le couple primordial,
Le cycle fondamental,
Le bouillonnement vital
Malaxant l’infinité.

Le chant voluptueux des cordes du silence
Anime dans la nuit les flots de l’existence.

1.10 Evasion

Je veux rêver debout afin de pouvoir rire
Au milieu des ordures et des cafards rampants
Des moisissures humides sur les murs branlants
Je veux qu’un sortilège efface nos soupirs

Je veux un florilège enneigé de ses songes
Qu’il nous emportent en leur tourbillon fantastique
Jusqu'à ne plus savoir, miroir énigmatique,
Où est la vérité et où sont les mensonges

Evitons les pièges de la monotonie
Laissons-les donc errer, ces pensées assoiffées
Loin de ces bals d’intrigues où les fleurs sont fanées,
Là où les accords se répandent en harmonie

Magie de la pensée, anime donc ces pierres
Que l’inerte danse, que l’obscur soit lumière
Que nos coeurs engourdis s'échauffent au vent glacé
Qu’ils soient en plein hiver un petit coin d'été

Je veux rêver debout afin de recouvrir
La laideur écoeurante de l’hypocrisie,
Les yeux vidés de ceux que je verrai souffrir
Du manteau excentrique de la fantaisie

1.11 Les cloisons de l'esprit

Dans l'étrange pays des songes
Régi par les charmes des fées
La vérité est un mensonge
Le mensonge une vérité

Dans l'étrange pays des songes
Les castels sont ensorcelés
Le sol se transforme en éponge
Sans prévenir l’intéressé

Régi par les charmes des fées
Et la magie des anciens druides
Chaque passage est cloisonné
Chaque miroir y est liquide

Chaque vasque cache un siphon
Vers une grotte sous-marine
On y respire un air profond
Sur une plage cristalline

Jusqu’au faîte des vieux manoirs
Grimpent sans fin les escaliers
Mais la porte du vieux grenier
Vous ramène au point de départ

Les castels sont ensorcelés
La vérité est un mensonge
Chaque passage est cloisonné
Le mensonge une vérité

Le sol se transforme en éponge
On y respire un air profond
Et chaque miroir absorbé
Inverse le cours des saisons

Tandis que dans la cheminée
Des trolls dansent sans se brûler
C’est là tout le charme des fées
Le pouvoir des anciens sorciers

Pour accéder au labyrinthe
Prononcez la formule elfique
Dont les lettres cabalistiques
Sont gravées au front de l’enceinte

C’est la berceuse de l’esprit
Qui le libère du réel
Et des contraintes matérielles
Qui rampent au pied de son lit

La vérité est un mensonge
Le mensonge une vérité
Dans l'étrange pays des songes
Régi par les charmes des fées

1.12 Reflets

Le ciel est clair et je voyage
Au pays des rêves étranges.
Les trains y ont des ailes blanches,
Le dôme est pur et sans nuages.

Le voleur prête l’encolure
Au banquier qui lève la tête,
Réjouit par les cieux d’azur
Qui nous invitent à la fête.

Le juge donne sa balance
Au pharmacien, les pieds dans l’eau.
Le mercenaire aide les anges
A assembler le chapiteau.

Et le ministre, en clown joyeux,
Conte la dernière au comptoir.
Miroir
Tout n’est que peine et que douloir.
La corvée, ce vin capiteux,

Enclos les rus dans les canaux.
L’esprit s’abrutit dans la fange,
Le buffle brise le roseau.
Les litanies et les instances

Foisonnent au pied des vaines quêtes
Et corrodent de leurs murmures
L’espoir gisant dans sa défaite.
Restent pans de murs et fissures

Et au loin un rare mirage,
Nous suffoquons dans l’air étanche.
Au pays des rêves étranges,
Le ciel est sombre et je voyage.

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Auteur: chimay

Created: 2019-12-20 ven 11:19

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